Média orienté?

D'après un sondage CSA paru dans Télérama, le choix d'un candidat dans l'isoloir pourrait être influencé par les médias. Ainsi, un lecteur du Figaro ne voterait pas comme un auditeur de France Inter ou un amateur du Canard enchaîné. Mais peut-on vraiment parler d'influence? Tentative de réponse

Evidemment, les médias influencent les choix politiques. Sinon, pourquoi Alain Duhamel aurait-il été suspendu en février après avoir annoncé son ralliement à Bayrou ? Pourquoi Marie Drucker et Béatrice Schönberg, en couple avec François Barroin et Jean-Louis Borloo, auraient-elles été remplacées le temps des élections ?

La presse oriente
Les scores du premier tour vont d'ailleurs dans ce sens. D’après un sondage "Sortie des urnes" réalisé par CSA et publié mercredi dans Télérama, 54% des lecteurs du Figaro ont voté pour Nicolas Sarkozy quand 47% des amateurs de Libération choisissaient Ségolène Royal. Rien de vraiment surprenant. De son côté, François Bayrou obtient son plus haut score auprès des lecteurs du Monde (28%). Pour la presse quotidienne régionale, la balance penche à droite: 32% des lecteurs de PQR disent avoir voté Sarkozy le 22 avril.

La distinction est encore plus marquée pour les hebdomadaires. Si les lecteurs du Canard enchaîné, de Marianne et du Nouvel Observateur ont largement opté pour la candidate socialiste, les habitués du Point ont préféré Nicolas Sarkozy. Là encore pas de surprise: les lecteurs suivent l’orientation politique de leur publication fétiche. L’Express se distingue alors puisque le journal ne se positionne ni à droite, ni à gauche et encore moins au centre. Ses lecteurs ont pourtant voté à 37% pour le candidat UMP, 10 points de plus que pour Ségolène Royal.

Les mêmes observations peuvent être faîtes pour la télévision ou la radio. Par exemple, 45% des personnes qui regardent de préférence les informations sur LCI ont voté pour Nicolas Sarkozy. A la radio, 37% des auditeurs de France Inter ont voté pour Royal.

« Pas d’influence »
Mais peut-on vraiment parler d’une influence des médias ? Ce n’est pas l’avis de Jean-Pierre Esquenazi, professeur en sciences de l’information et de la communication et auteur de L’écriture de l’actualité (Presses universitaires de Grenoble). "Aujourd’hui, les médias, et notamment la télévision, ne peuvent pas se permettre d’être trop marqués politiquement, car il se couperait d’une partie de leur public, explique-t-il. L’idéal d’objectivité est devenu aussi très important, ce qui n’était pas du tout le cas avant."

Jean-Pierre Esquenazi admet qu’il peut y avoir une certaine convergence d’opinions entre le public et les médias. "Mais ce n’est pas une influence. Les gens ont accès à quantité d’informations qui proviennent de différentes sources. Ils se forgent leur propre opinion et la confirment ensuite par le média de leur choix."

Pour le spécialiste, la véritable influence vient désormais des sondages : "L’utilisation qui en est faite est déterminante. Par exemple, je ne pense pas que Bayrou aurait fait 18% si les médias n’avaient pas parlé de sa hausse dans les sondages."

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